Pour la onzième année consécutive, l’Estonie arrive en tête du nouvel Indice international de compétitivité fiscale 2024 (ITCI), conservant sa position de système fiscal le plus compétitif de l’OCDE. L’avance de l’Estonie s’explique en grande partie par son modèle unique, qui taxe uniquement les bénéfices distribués.
L’édition 2024, publiée par la Tax Foundation en octobre, attribue une nouvelle fois à l’Estonie la note de 100 sur 100. Nous examinons ci-dessous la méthode de classement, les pays qui ont évolué en 2024 et ce que récompensent les cinq catégories d’évaluation — ainsi que les raisons pour lesquelles le code fiscal estonien reste en tête du classement fiscal de l’OCDE.
Fonctionnement de l’ITCI : 40 indicateurs dans cinq catégories
Chaque année, l’Indice international de compétitivité fiscale évalue dans quelle mesure les systèmes fiscaux des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) favorisent la croissance économique et l’investissement, ainsi que leur neutralité à l’égard des différents types d’activités économiques.
Les 38 pays de l’OCDE sont comparés selon plus de 40 indicateurs répartis en cinq catégories principales :
- impôt sur les sociétés ;
- impôt sur le revenu des personnes physiques ;
- taxes sur la consommation ;
- impôts fonciers ;
- règles fiscales transfrontalières.
L’Indice vise à mettre en évidence les pays dotés de systèmes fiscaux efficaces et transparents, capables de générer des recettes suffisantes pour les besoins publics tout en créant le moins d’obstacles possible à l’activité économique. Deux principes sous-tendent l’évaluation : la compétitivité (de faibles taux marginaux sur les capitaux mobiles) et la neutralité (générer des recettes avec le moins de distorsions et d’avantages ciblés possible).
Résultats 2024 : l’Estonie première pour la onzième année
Parmi les 38 États membres de l’OCDE, l’Estonie occupe la première place en 2024 pour la onzième fois consécutive, avec la note parfaite de 100 — soit, selon la Tax Foundation, le meilleur code fiscal de l’OCDE. Elle est suivie par la Lettonie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse et la Lituanie. La Colombie reste dernière du classement ; l’Italie, la France, le Portugal et l’Islande figurent également dans le bas de l’Indice.
| Rang | Pays | Score | Facteurs déterminants |
|---|---|---|---|
| 1 | Estonie | 100 | Imposition des seuls bénéfices distribués, impôt foncier sur les terrains uniquement, régime territorial |
| 2 | Lettonie | 92.2 | Adoption du modèle estonien pour les sociétés ; imposition efficace des revenus du travail |
| 3 | Nouvelle-Zélande | 84.2 | Impôt sur le revenu uniforme et faible ; l’une des assiettes de TVA les plus larges de l’OCDE |
| 4 | Suisse | 83.6 | Faible taux sur les sociétés (19.7 %), TVA faible à assiette large, première pour les règles transfrontalières |
| 5 | Lituanie | 79.5 | Taux sur les sociétés de 15 %, amortissements généreux, impôt personnel uniforme |
| 34 | Islande | 55.9 | Impôt foncier sur la valeur totale, taux de subvention R&D le plus élevé de l’OCDE |
| 35 | Portugal | 53.7 | Taux sur les sociétés de 31.5 %, six tranches, taxe sur les services numériques |
| 36 | France | 50.2 | Taux élevés sur les sociétés et les particuliers, surtaxes, assiette de TVA étroite |
| 37 | Italie | 47.2 | Multiples prélèvements fonciers, impôt sur la fortune de certains actifs, l’une des assiettes de TVA les plus étroites |
| 38 | Colombie | 45.7 | Taux sur les sociétés de 35 %, impôt sur la fortune nette, taxe sur les transactions financières |
La tendance en bas du classement est cohérente : les cinq pays les moins bien classés appliquent tous des taux combinés d’impôt sur les sociétés supérieurs à la moyenne de l’OCDE, et la plupart les associent à des impôts superposés sur la propriété et le capital ou à de nombreuses exonérations et crédits qui accroissent la complexité sans augmenter les recettes.
Principaux changements et tendances en 2024
En 2024, de nombreux pays de l’OCDE ont modifié leur système fiscal, et l’ITCI 2024 reflète ces changements dans les nouvelles positions du classement. Certains pays ont amélioré leur rang en réduisant la charge fiscale et en simplifiant les règles ; d’autres ont reculé en raison de taux plus élevés et de mécanismes fiscaux plus complexes.
| Pays | Changement en 2024 | Rang 2023 → 2024 |
|---|---|---|
| Autriche | A achevé la réduction prévue de son taux d’impôt sur les sociétés à 23 % et a pérennisé l’amortissement accéléré des bâtiments. | 17 → 15 |
| Canada | A commencé à supprimer progressivement la déduction intégrale des investissements en capital, a instauré une taxe sur les services numériques (DST) et a augmenté son taux d’inclusion des plus-values. | 15 → 17 |
| République tchèque | A supprimé l’amortissement exceptionnel des machines et relevé son taux d’impôt sur les sociétés de 19 % à 21 %. | 5 → 8 |
| Allemagne | A rétabli partiellement l’amortissement accéléré des machines et assoupli les limites applicables au report des pertes. | 18 → 16 |
| Slovénie | A relevé son taux d’impôt sur les sociétés de 19 % à 22 %. | 16 → 22 |
| Royaume-Uni | A rendu permanente la déduction intégrale des installations et équipements dans le code fiscal. | 31 → 30 |
| États-Unis | Ont poursuivi le retrait progressif de l’amortissement exceptionnel à 100 % (60 % en 2024) ; leur position transfrontalière s’est améliorée à mesure que d’autres pays adoptaient les règles d’impôt minimum du Pilier Deux. | 23 → 18 |
Ces évolutions montrent que même des ajustements modestes peuvent affecter fortement l’attractivité d’un pays pour les entreprises et les investisseurs. Les réformes réussies, comme en Allemagne et aux États-Unis, montrent que la flexibilité et l’adaptation aux tendances mondiales peuvent améliorer le classement. À l’inverse, l’augmentation des taux et la suppression d’avantages — comme en République tchèque et en Slovénie — entraînent une baisse de la compétitivité fiscale.
L’impôt minimum mondial entre dans l’évaluation
À partir de l’édition 2024, l’Indice suit l’application par un pays de la règle d’inclusion du revenu du Pilier Deux, de la règle relative aux bénéfices insuffisamment imposés et d’un impôt complémentaire national. Les pays qui les ont adoptées en 2024 ont accru la complexité de leurs règles transfrontalières ; les États-Unis, dont les anciennes dispositions GILTI et BEAT sont évaluées à leur place, ont gagné cinq places surtout parce que leur environnement est devenu plus complexe, et non grâce à une réforme nationale.
Imposition des sociétés : taux, récupération des coûts et complexité
Pour évaluer l’imposition des sociétés, l’Indice prend en compte à la fois le taux nominal d’impôt sur les sociétés et la qualité des mécanismes de récupération des coûts (la rapidité et l’intégralité avec lesquelles les entreprises peuvent déduire leurs investissements en capital). Il tient également compte des régimes préférentiels et de la complexité du système, notamment des patent boxes, des incitations R&D, des taxes sur les services numériques, des multiples tranches et des surtaxes.
L’impôt sur les bénéfices des sociétés est souvent cité parmi les facteurs les plus influents sur le niveau des investissements et la croissance économique. L’analyse de l’OCDE conclut que cet impôt freine le plus la croissance, que l’impôt sur le revenu des personnes physiques a un effet négatif modéré et que les impôts fonciers ont l’incidence la plus faible.
Où se trouvent les taux d’impôt sur les sociétés les plus élevés de l’OCDE ?
Dans l’OCDE, le taux combiné moyen d’impôt sur les sociétés est de 23.9 %. Le plus élevé se trouve en Colombie (35 %), tandis que le plus bas est en Hongrie (9 %), suivie de l’Irlande (12.5 %) et de la Lituanie (15 %). Parmi les autres pays à taux élevé figurent le Portugal (31.5 %), ainsi que l’Australie, le Costa Rica et le Mexique, tous à 30 %.
Le score de l’Estonie pour les sociétés ne découle toutefois pas du taux lui-même : avec 20 %, elle n’est que sixième pour ce sous-indicateur, derrière cinq pays aux taux nominaux plus faibles. Ce qui porte l’Estonie à la deuxième place de la catégorie des sociétés, juste derrière la Lettonie, est la récupération intégrale des coûts : puisque l’impôt ne s’applique qu’aux bénéfices distribués, chaque euro investi est effectivement déduit en totalité, sans patent box, subvention R&D ni taxe sur les services numériques qui complexifierait le système.
Impôts personnels : taux, progressivité et double imposition
Pour évaluer l’impôt sur le revenu des personnes physiques, l’Indice mesure :
- les taux applicables aux revenus du travail ;
- la progressivité, y compris le seuil de revenu auquel s’applique le taux maximal ;
- le rapport entre les taux marginaux et moyens ;
- la complexité (surtaxes, cotisations sociales, etc.) ;
- l’imposition des dividendes et des plus-values, c’est-à-dire le degré de double imposition des bénéfices des sociétés.
Les taux marginaux élevés tendent à créer davantage de distorsions. Le rapport indique que le taux marginal maximal global atteint 67.5 % en Slovénie, contre seulement 21.6 % en Estonie. Il importe également de considérer le niveau de revenu auquel s’applique la tranche la plus élevée et la manière dont la politique fiscale globale encourage ou limite le travail supplémentaire. En matière de double imposition, l’Irlande applique le taux personnel le plus élevé de l’OCDE sur les dividendes (51 %), tandis que l’Estonie et la Lettonie sont à 0 % parce que le bénéfice n’est imposé qu’une fois, au niveau de la société.
Taxes sur la consommation, la propriété et les activités transfrontalières
Les trois catégories restantes pèsent moins sur la croissance, mais elles déterminent souvent les positions intermédiaires : une assiette de TVA large, un impôt foncier limité aux terrains ou un régime territorial clair peuvent faire gagner plusieurs places à un pays.
Taxes sur la consommation : taux et assiette de TVA
La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est l’une des sources de recettes les plus stables pour les États. Les facteurs essentiels sont le taux de TVA — allant de taux à un chiffre à 27 % dans l’OCDE, pour une moyenne de 19.1 % — et l’étendue de l’assiette fiscale, soit la part de la consommation finale effectivement taxée. Plus l’assiette est large, moins il y a de distorsions. La Nouvelle-Zélande dispose de l’une des assiettes de TVA les plus larges et d’un taux relativement faible (15 %), ce qui lui vaut un score élevé dans cette catégorie. À l’inverse, l’Italie applique un taux de TVA de 22 % à l’une des assiettes les plus étroites, ce qui réduit son score.
Impôts fonciers : terrains seulement ou valeur totale ?
Cette catégorie couvre les impôts sur la propriété — la façon dont l’assiette de l’impôt immobilier est déterminée (terrain, bâtiments ou valeur totale du bien) — ainsi que les droits de succession et de donation, les impôts sur la fortune et les taxes sur les transactions financières.
Les systèmes qui taxent uniquement les terrains, comme en Estonie, et n’imposent pas d’autres taxes fondées sur le capital sont plus neutres. Dans les pays appliquant plusieurs prélèvements sur la propriété, comme l’Italie et la Colombie, la charge totale sur les actifs est plus élevée, ce qui réduit la compétitivité fiscale de l’ensemble du système.
Principe territorial : la clé d’une forte compétitivité
Les règles fiscales transfrontalières influencent également le classement de compétitivité d’un pays. Les principaux aspects comprennent l’approche de l’imposition des revenus de source étrangère (mondiale ou territoriale), les taux de retenue à la source sur les dividendes, intérêts et redevances, l’étendue des conventions fiscales et les règles anti-évitement. Les pays adoptant une approche territoriale et des retenues faibles ou nulles obtiennent généralement de meilleurs scores. Les surtaxes et exigences liées à l’impôt minimum mondial ajoutent de la complexité, et l’adoption des règles du Pilier Deux, y compris des impôts complémentaires nationaux, joue désormais aussi un rôle dans le classement.
Réinvestissements exonérés : le secret du succès estonien
Selon le rapport 2024, l’Estonie conserve la première place grâce à la conception de son système fiscal, en particulier à son approche de l’imposition des sociétés, où les bénéfices réinvestis sont exonérés d’impôt sur le revenu. Dans le système fiscal estonien, l’impôt sur les bénéfices des sociétés n’est prélevé que lorsque les bénéfices sont effectivement distribués sous forme de dividendes ; les bénéfices conservés et réinvestis restent non imposés. Quatre caractéristiques expliquent ensemble le score parfait :
| Facteur | Fonctionnement |
|---|---|
| Impôt sur les sociétés uniquement sur les bénéfices distribués | Le taux nominal ne s’applique qu’aux dividendes. Les bénéfices réinvestis restent non imposés, ce qui offre aux entreprises davantage de flexibilité pour financer leur croissance et fait de l’Estonie l’un des rares pays de l’OCDE à autoriser par conception un report en arrière illimité des pertes. |
| Impôt personnel uniforme | Un taux unique simplifie le système et réduit les distorsions. Les dividendes déjà imposés au niveau de la société ne sont soumis à aucun impôt personnel supplémentaire. La réduction progressive de l’abattement exonéré ajoute une modeste dimension progressive sans créer de tranches supplémentaires. |
| Impôt foncier sur les terrains uniquement | Les propriétaires ne paient pas d’impôt sur les bâtiments eux-mêmes, ce qui évite la double imposition du capital et encourage la construction et l’amélioration des biens. Il n’existe pas non plus de droits de succession, de donation, d’impôt sur la fortune ou de taxe sur les transferts immobiliers. |
| Régime territorial pour les bénéfices étrangers | Les entreprises estoniennes ne paient généralement aucun impôt national sur les bénéfices réalisés à l’étranger, sous réserve de conditions élémentaires, ce qui simplifie l’expansion internationale. |
Taux mesurés par l’Indice 2024
L’édition 2024 a évalué les taux de 20 % pour les sociétés et de 20 % pour l’impôt sur le revenu des personnes physiques applicables en 2024. En vertu des modifications déjà adoptées, ces deux taux passent à 22 % à compter du 1 janvier 2025 — consultez l’aperçu de l’imposition des dividendes en Estonie en 2025. Ce changement ne touche pas la caractéristique la plus récompensée par l’Indice : l’absence d’impôt sur les bénéfices non distribués.
Grâce à ces caractéristiques, l’Estonie obtient des résultats remarquables pour l’imposition des sociétés, les impôts personnels et les impôts fonciers : première dans la catégorie foncière, deuxième pour les sociétés comme pour les particuliers, et neuvième pour les règles transfrontalières. Sa catégorie la plus faible est celle des taxes sur la consommation (18e), où le taux normal de TVA de 22 % est supérieur à la moyenne de l’OCDE. Même si les règles fiscales internationales évoluent, notamment avec l’introduction d’impôts minimums mondiaux, l’Estonie demeure l’une des juridictions les plus attractives pour les entreprises et les investissements.
Simplicité et transparence : les clés du succès dans l’ITCI
L’exemple estonien sert de référence aux pays qui souhaitent réformer l’imposition des sociétés et des particuliers. La Lettonie, deuxième, a déjà adopté un impôt similaire sur les bénéfices distribués. L’expérience des pays les mieux classés — l’Estonie, la Lettonie, la Nouvelle-Zélande et la Suisse — souligne que non seulement des taux nominaux faibles, mais aussi des structures fiscales simples et transparentes sont essentiels.
Pour les entreprises et investisseurs qui évaluent des juridictions, le classement de compétitivité fiscale de la Tax Foundation apporte des informations précieuses sur les coûts à long terme et les risques réglementaires. Dans ce contexte, l’Estonie reste la juridiction fiscale la plus compétitive de l’OCDE pour les investisseurs, principalement grâce à son modèle d’imposition des sociétés atypique mais très efficace.
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Questions fréquentes
L’ITCI est un classement annuel publié par la Tax Foundation qui compare les systèmes fiscaux des 38 pays de l’OCDE selon plus de 40 indicateurs dans cinq catégories : impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu des personnes physiques, taxes sur la consommation, impôts fonciers et règles transfrontalières. Il mesure la compétitivité, c’est-à-dire de faibles taux marginaux, et la neutralité, soit peu de distorsions et d’avantages. L’édition 2024 a été publiée en octobre 2024.
Quatre caractéristiques l’expliquent : l’impôt sur les bénéfices des sociétés n’est dû que sur les bénéfices distribués, l’impôt personnel uniforme ne s’applique pas aux dividendes déjà imposés au niveau de la société, l’impôt foncier ne porte que sur la valeur des terrains et le régime territorial exonère les bénéfices étrangers. L’Estonie a obtenu 100 points, la première place pour les impôts fonciers et la deuxième pour les impôts sur les sociétés et les particuliers.
Les États-Unis ont gagné cinq places, de la 23e à la 18e, à mesure que d’autres pays adoptaient des règles d’impôt minimum mondial. La Slovénie a perdu six places, de la 16e à la 22e, après avoir porté son taux sur les sociétés à 22 %, et la République tchèque est passée de la 5e à la 8e place après une hausse de taux et la fin de l’amortissement exceptionnel.
L’Indice 2024 a évalué le taux de 20 % applicable en 2024. Le taux de 22 % entré en vigueur le 1 janvier 2025 sera pris en compte dans les éditions ultérieures, mais la caractéristique la plus récompensée par l’Indice — l’absence d’impôt sur les bénéfices conservés et réinvestis — demeure, tout comme l’impôt foncier limité aux terrains et le traitement territorial des revenus étrangers.
Il repose sur trois sous-catégories : le taux combiné maximal d’impôt sur les sociétés, la récupération des coûts — déductibilité des coûts d’investissement et règles de report des pertes — et les incitations et la complexité, notamment les patent boxes, subventions R&D, taxes sur les services numériques, surtaxes et tranches multiples. L’Estonie et la Lettonie sont considérées comme autorisant une récupération des coûts à 100 %, car leur impôt s’applique aux distributions de trésorerie.
Non. L’Estonie est première pour les impôts fonciers et deuxième pour l’imposition des sociétés et des particuliers, mais seulement 18e pour les taxes sur la consommation en raison de son taux normal de TVA de 22 %, et neuvième pour les règles transfrontalières. Le score global de 100 reflète l’équilibre entre les cinq catégories, et non une domination totale.